Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre

Publié le par lydiane

de Céline LAPERTOT. Il s'agit d'une prof de français née en 1986. "Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre" est son second roman.

J'ai lu ce livre dans le cadre du prix littéraire inter CEZAM.

Et je prendrai tout ce qu'il y a à prendre

4ème de couverture :

«J'ai sept ans, ma chambre éclate de beauté, jusqu'à ce que j'entende la porte claquer. La réunion de papa ne s'est pas bien déroulée. Son défouloir officiel courbe sa dépendance. C'est pitié de la voir ainsi, chien soumis, c'est pitié de la voir endosser son rôle, car tel est son destin, demander grâce pour le moment où elle n'arrivera plus à le supporter. Aucune cassure dans la voix, pas de verre pilé dans les sourires, elle avance d'un pas lent et sûr vers la raclée qu'elle a accepté de recevoir. Du haut de mes sept ans, j'ai déjà perçu qu'elle a dépassé le stade où elle cherchait à comprendre ce qui avait pu se passer. Elle encaisse, et son existence lui convient, tant qu'elle peut garnir nos assiettes.
Maman est la femme d'intérieur. La femme parfaite pour les hommes qui ne savent se rêver qu'en maîtres de leur petit monde.»

Quand la souffrance dépasse l'entendement, ne reste qu'une solution : tuer pour exister. Charlotte a tenu le choc. Elle a gardé le silence, jusqu'au jour...
Voici l'histoire d'une inhumanité honteuse, intime, impossible à dire. Dans une lettre adressée au juge devant lequel elle répondra de ses actes, Charlotte, Antigone moderne et fragile, pousse le cri qui la libérera... peut-être.

La 4ème de couv' ne m'emballe pas... un temoignage, de la violence, de la maltraitance. Ce n'est pas des choses que j'ai envie de lire. Mais c'est ce qui est bien avec ce prix littéraire : lire des bouquins que l'on aurait jamais ouverts autrement. 

Ce roman est en fait un journal que Charlotte écrit dans la "salle d'attente" du juge. Elle attendra toute la journée cette entrevue avec celui qui a dorénavant son destin entre les mains. La parole n'est pas son fort : 10ans de souffrance et pas un mot n'est sorti de sa bouche pour expliquer l'enfer qu'elle vivait. Du coup, pour répondre aux questions qui ne manqueront pas de lui être posées, Charlotte écrit. Elle explique années après années ce qu'elle a traversé. Comment son père a décidé de "l'élever" et pourquoi elle n'a rien dit.

J'avoue que c'est ce que j'ai eu le plus de mal à comprendre : comment peut-on encaisser cette violence sans parler ? Elle craint de détruire sa famille, mais comment peut-elle croire qu'ils forment une famille ? Elle ne supporte pas sa mère qui subit sans oser rien dire alors qu'elle semble faire de même. C'est complexe de comprendre comment un bourreau peut emprisonner psychologiquement quelqu'un.

Malgré tout, j'ai trouvé ce livre très bien écrit. J'ai aimé le choix fait par l'auteur : une longue lettre à destination du juge. On comprend évidemment dès le départ comment ça va se terminer, par le meurtre de son père. Mais c'est intéressant de comprendre le cheminement pour y arriver. Comment et pourquoi Charlotte semble accepter sa situation. Comment elle se rebelle, même si ça peut sembler si minime.

En conclusion, je dirai que ce roman traite d'un sujet qui est loin de m'attirer, mais que l'auteur le fait bien, et qu'elle a ainsi réussi à m'entrainer avec elle au fil des pages.

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B
J'ai du mal à comprendre : Charlotte c'est la fille qui tue son père ? Mais quel âge a t-elle lorsqu'elle écrit cette lettre dans l'attente de rencontrer le juge ?
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L
Elle a 17ans quand elle a tué son père et quand elle écrit cette lettre. Elle a été maltraitée, limite séquestrée par son père depuis l'âge de 7ans